La couche mouillée (Acte III)

– Tu iras chercher les couches pour petit chou d’amour, et ensuite tu prendras des petits pots.

Surtout de grâce, tu n’oublies pas mes cigarettes légères…

– La dernière fois tu ne voulais pas des légères, et maintenant tu les réclames! Tu sais très bien ce que j’en pense: Tu arrêtes de fumer, car tu vas nous contaminer le bébé!

En plus, ce que je n’apprécie pas du tout c’est que tu oublies systématiquement le fameux s’il te plaît.

Tu ne trouves pas que j’ai raison? Car c’est vrai quoi à la fin, avec toi c’est toujours du pareil au même, tout te paraît acquis par avance…

– Ah ça! Pour mettre la petite graine ce n’est pas si difficile, mais dès qu’il s’agit d’assumer, de tenir le premier rôle à la maison tu réponds comme à ton habitude aux abonnés absents.

Qui a accouchée toute seule dans cette clinique froide et sordide, parce que monsieur a certainement eu peur de voir un petit bout de chou fripé et sanguinolent?

Monsieur a choisi d’être distant de cinq cents kilomètres du domicile conjugal, sous forme de devoir professionnel. Il avait du mal à se représenter la réelle fonction d’un père de famille.

Monsieur s’est une fois de plus protégé de sa lâcheté, par un devoir impérieux de ramener coûte que coûte de l’argent, avec cette absurdité de phrase à la con: « tu comprends ma chérie, maintenant nous allons être deux commerciaux pour prospecter le même secteur, les primes seront moins providentielles, et il va falloir que je visite quinze départements, au lieu de six actuellement », et patati et patata…

Ce que je veux c’est que tu reconnaisses tes phobies concernant tout ce sang lors de l’accouchement.

Il faut savoir respecter tes propres tourments, mais de là à s’éloigner pour ne pas tourner de l’oeil, et se monter absent à la naissance de son fils, là oui, mon coco, tu es inexcusable!

– Tu ne vas pas remettre ça sur la table toutes les trente secondes. Tu sais qu’il n’y a que ta version qui est prise en compte: Madame qui sait tout ou rien ne lui échappe, elle est face à moi, en chair et en os!

– Ah oui! Il vaudrait mieux pour toi que tu rabaisses ton caquet, car quand ton fils sera en âge de comprendre, que vas-tu lui dire?

Tu lui expliqueras : « mon fils chéri, papa était absent pour cause d’un travail harassant lors de ta naissance, mais ne t’inquiète pas, par la suite papa t’a couvert de cadeaux. »

Il me semble en tant que mère, que ce qu’aurait voulu ton fils c’est cette chaleur à travers ta présence! Parce que les cadeaux ne remplacent pas un père!

– Eh oui ma chérie!

Peut-être qu’inconsciemment, il est des moments où un enfant qui vient de naître désire une certaine harmonie entre son papa et sa maman. Il vaut peut-être mieux sachant que tu en étais consciente, qu’un enfant même aux premières secondes de son existence ne découvre pas toutes ces pantalonnades, toutes ces couillonnades entre son papa et sa maman qui se déchirent. Car là, notre enfant peut avoir des séquelles irrémédiables, à nous entendre nous chamailler pour une insignifiance, comme une vieille chouette et un fier hibou!

– Monsieur fuit au grand jour ses propres responsabilités, et il voudrait tel un magicien avoir encore raison sur un sujet qui le dépasse, mais qui le concerne au plus haut point.

Il se vexe avec véhémence, tout cela pour mieux se faire supplier…

– Ma chérie, nous n’allons pas insister s’il te plaît, car avec toi, il vaut mieux ne pas répondre parce que toi et le respect!

On s’aperçoit d’entrée de jeu, que tu n’as pas été élevée à l’école militaire de la vie. Ton enseignement a dû se parfaire dans les bas quartiers, là où le linge sale pend le long des balcons rouillés…

– Je te vois venir avec tes grands sabots.

Quand tu auras compris qu’un enfant souhaite à son âge que ses parents ne se disputent pas pour des broutilles!

– Exactement ma chérie!

Te voilà devenue raisonnable, quelles perspectives lui offrons-nous pour son futur bien-être?

– Les nouvelles résolutions à prendre sont celles en premier lieu de ne pas trop te prendre la tête, et ensuite que tu sois un vrai père de famille, sans pour autant fuir ses propres responsabilités, pour construire un foyer convivial.

Petit chou d’amour a la couche mouillée, voilà pourquoi il pleure depuis deux minutes.

Allez tendre papa, tu vas torcher le petit avec les nouvelles lingettes. Montre- nous comment peut-être fier un papa qui sait parfaitement s’occuper de son fils, et changer avec une extrême précision les couches, et surtout savoir si généreusement rattraper le temps perdu…

– Regarde ma chérie, le sourire radieux de notre bébé!

Nous allons nous embrasser comme la première fois, et que notre petit chou soit complice de cet instant si magique…

En conclusion de ces mini- écrits sur une vie de couple, je porte un témoignage sur une expérience personnelle à travers mon modeste savoir.

Le fait de vouloir tricher avec sa propre âme, nous guide vers le désarroi d’une structure mentale défaillante.

Il faut rester soi-même, et surtout tel un arbre qui grandit chaque jour à la beauté resplendissante, il ne faut pas couper les racines de son histoire qui font sa force, car justement, notre récit est cimenté de ces racines qui permettent de nous construire. Nous pouvons ainsi mieux éviter les insolations d’un soleil qui ne brille qu’avec l’importance que nous voulons lui accorder, à l’ombre d’un amour suffocant!

Je vais rajouter une remarque pour revenir sur la relation à deux. Pire qu’une déchéance physique aussi épouvantable soit-elle, voici le triste spectacle que nous offrent deux individus en disharmonie affective.

On perçoit chez eux depuis fort longtemps, qu’il n’existe plus dans leur rapport cette poésie singulière des mots, sinon qu’une grande place accordée à la haine sourde et mesquine.

En résumé: dans ces maux du cœur résonnent les battements d’un tambour aux sons et rythmes désaccordés.

Alors, sachons avec une extrême minutie contempler la musique de leur histoire!