-Et qu’en est-il de notre amour?

Voici tes dernières paroles prononcées à l’aube de ce jour qui pointait le bout de son nez avec discrétion, pour donner naissance à une journée ensoleillée.

Cela fait déjà quatre ans, et toujours ce silence, cette poignée de la porte qui me conduit à notre chambre à baldaquin où sont suspendus nos rêves. Je ne ressens plus la fraîcheur de ce torrent d’amour chaud et tendre sur mes cuisses ouvertes de désirs. Ces deux corps qui formaient ces figures géométriques si expressives, pour mieux exprimer les couleurs vives de ce tableau de maître, quand l’harmonie du plaisir se soumet à l’extase de nos parcelles de chairs désireuses, d’un élan érotique pour un partage unique et bénéfique.

Alors comment replonger dans ce lit qui se remémore ces longues plages de sensualité sans mesure, dans la démesure d’une vie de couple à la connivence des âmes et des corps?

Sans aucune explication à la suite de ton départ, je suis sans nouvelles de toi, tous ces instants partagés d’une tendre complicité sont-ils partis dans les vagues de l’oubli?

Les paroles sont-elles la plus redouble arme que nous possédons pour meurtrir l’être aimé?

Le trouble de l’inconscient qui ne peut pas comprendre la défection de l’être cher, dans la difficile situation que je vis à l’heure actuelle.

Je ne veux pas faire des simagrées et me trouver des excuses sans aucun fondement, qui serait de l’ordre psychologique pouvant entraîner un manque affectif, ou je ne sais quel autre trouble, à vouloir se sentir affectée par la défection d’un père pris toute sa vie dans le tourbillon des affaires. Pour bien comprendre la situation, papa a roulé sa bosse dans le business du monde nautique, et il a fait de sa passion un commerce très lucratif en vendant à de riches émirs du golf persique de somptueux yachts, il est vrai qu’il a toujours eu ce grand talent de trouver les mots idoines et rassurants pour finaliser la vente avec son client. Mes deux frères aînés ont quand à eux eu très vite la passion de papa pour les bateaux suivant la tradition familiale pour la grande fierté de papa, mais ils ont choisi le grand large au mat de leur voilier « île du pacifique » et « beautés du monde ».

 Non, je ne rentre pas dans les théories freudiennes, pourrait-on me dire également que la routine fait son chemin et détruit les couples, du moins érodent les âmes que l’on considérait si fortes à toute émotion. Mais par un semblant de vérité ces dernières sont soumises à rudes épreuves, et se liquéfient en un rien de temps. La plus dramatique difficulté est de voir partir l’être aimé, à l’image de ce navire qui file à l’horizon dans la quiétude d’une mer, qui au fil des nœuds vont apparaître les turbulences, et les vagues vont gonfler pour que la mer se déchaîne sur les brisants. Un constat avec ses hauts et ses bas, comme tout couple qui traverse le temps aux caprices des marées.

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Mon enfance bourgeoise, sans le souci du lendemain, souvent très entourée. Mes deux frères ont été aux petits soins pour moi, la petite dernière qui représentait cette mère aimante décédée peu après ma naissance, alors je devenais cette créature fragile et émerveillée qu’il fallait protéger et choyer. Dont j’ai eu la bienveillance de deux êtres extraordinaires de patience et de compréhension. Ils m’ont soutenue de tous les instants pendant mes études de droit, et par la suite ils m’ont vivement encouragée à poursuivre le droit international, et à observer leur rictus, j’ai ressentie toute leur fierté de me voir défendre des affaires retentissantes contre les compagnies pétrolières, et surtout celle de la contamination de milliers d’indiens brésiliens par les rejets camouflés de la dite compagnie sur le fleuve Amazone qui les avait vu naître en toute insouciance, et en toute liberté.

L’insoutenable inhibition de l’être.

Dans les transcriptions des écrits antiques du philosophe Aristote, il en ressortait comme faits principaux que l’amour pouvait être l’union, voire l’osmose représentative d’une

seule âme en deux corps. Comment élucider le mystère de chaque âme à la source d’une essence matérielle au vingt et unième siècle?

Au-delà d’une âme pensante qui concrétise le dessein de sa propre histoire, quand elle accapare nos existences à travers nos faits et gestes que nous ne pouvons pas analyser, car ils dépassent le seuil de nos raisons, qui au fil du temps vont engendrer nos sens.

Pouvons nous tenter de comprendre le simple fait coutumier dans sa condition première: Qu’offrir des sentiments peut dénoter d’une volonté dans la splendeur de sa générosité, et dans ce sens précis le fait de vouloir partager des instants d’une existence au concert bienheureux d’une réciprocité sans égale? Dans la peine, la souffrance, la douleur intense qui peut prétendre s’approprier la valeur unique et quantifiable de l’autre, (dans sa symbolique) quand ce dernier s’engouffre dans les tréfonds de son âme endolorie?

Quantifier une valeur intrinsèque liée à l’amour dans le sens large du mot, cela confère un haut degré d’actes nobles qui ne recherchent pas un intérêt personnel, car encore une fois de plus l’inconscient se voue à l’autre, comme le salut d’une bonté purificatrice de sa propre âme.

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Alors n’oublions pas que la réelle chaleur humaine est celle d’offrir son coeur en toute liberté, sans lorgner avec avidité et sans scrupule la richesse matérielle des autres, en faisant croire passionnément que la fortune fait la vertu, alors qu’en fait c’est de la vertu que provient la fortune!

N’est-ce pas mon cher et tendre mari toujours à jalouser ma carrière, et à établir des critiques acerbes sur la fortune de papa. Eh oui mon papa à moi a toujours eu du nez, et je ne suis pas là pour faire pleuvoir des commentaires saugrenus sur toi, mais je cherche désespérément à comprendre ce qui nous est arrivé.

La valeur des sentiments dans sa toile parasitaire de ces êtres flatteurs à souhait, qui plongent avec délectation dans l’âme affaiblie, cette dite âme qui fléchie souvent sous le

poids d’un principe spirituel bien élaboré par les dires caressants et bienveillants d’une perversité mentale.

Dès les premiers accrocs ces êtres à l’ego démesuré font ressentir leur propre infortune, qui ne peut nullement être quantifiée, du fait que cela relève d’un manifeste manque de personnalité et fait ressortir au grand jour leur propre infortune. Quand on réunit tous ces paramètres, il émerge une idée qui coule à la source de la raison dans sa vérité élémentaire,qu’il ne peut pas exister d’amour long et fécond, si l’on ne recherche pas le bien-être de l’autre, et non son malheur pour pouvoir paraître comme un sauveur dans ces instants de désarroi, et ainsi sous des jours meilleurs porter l’estocade verbale!

J’ai choisi ce titre, par sa manière simple de résumer à lui tout seul les propos tenus ici bas. Par son sens littéral le mot inhibition nous fait découvrir dans la doctrine freudienne l’explication suivante: Un blocage de certains actes et conduites, dû le plus fréquemment à un interdit affectif. Alors au travers de ces lignes, sans aucune névrose enfantine amplifiée par l’âge mûr, que vive l’amour pur et sincère sans aucun intérêt, sinon que celui de tout partager dans le malheur, comme dans le bonheur absolu!

Au loin de ce rivage traînent les derniers fragments d’une vie humaine. Une fine pellicule de poudre répandue sur cet océan placide et contemplatif, où les poissons dans leur curiosité ancestrale sont venus s’enquérir d’une dose rationnée, comme la rare qualité de la vraie colombienne. Une poudre d’escampette dans une fuite d’existence, où la mémoire et les souvenirs sont cette phrase de Gabriel Garcia Marquez: « La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient. »

Je suis partie répandre les fragments concassés au rouleau pesant de mes souvenirs à la baie des dauphins, ce morceau de territoire maritime où ton voilier « beautés du monde » te contemple une dernière fois, mon frère chéri. Tu es parti emporté par les secrets impénétrables de ce lieu mythique

que représente le Cap Horn lointain. Ce fameux caillou a eu raison de ta passion. Tu m’as toujours avouée que ta plus belle mort serait celle de terminer au fond de l’océan. Mes yeux taillés dans le froid mercure deviennent des pupilles dilatées par le chagrin, des émeraudes délicates et fragiles, mais dans ce regard se perçoit la beauté de l’âme de ces flots qui t’emportent dans un repos éternel. Tu as regagné ton ultime demeure Jérémy, et par la même occasion, le devoir accompli dans le respect de tes dernières volontés.

Au retour du port j’ai eu comme qui dirait un déclic, pour assimiler ma future vie à venir: Dans la mort d’un être cher renaissent les cendres d’un sentiment de liberté, pour découvrir cette île secrète qui végète en nous.

Ah oui il faut retenir une petite phrase de Tennessee Williams: « Pour obtenir ce que l’on désire le plus au monde, il ne faut pas avoir de tout perdre. » (Une pensée pour toi Jérémy, Tennessee Williams était ton auteur préféré lors de tes traversées.)

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Je peux comprendre la honte que l’on peut ressentir à vouloir faire un choix primordial dans sa vie. Mais essayons de comprendre deux secondes mon émotion, quand le détective privé que j’ai engagé est venu me rendre compte de ses investigations lundi dernier, et qu’il m’a annoncé que mon mari, photos à l’appui dans sa plus simple nudité, avec… mon meilleur ami du collège, tous les deux tendrement enlacés dans une prestigieuse suite d’hôtel. A la vitesse de la lumière les années défilent, et je me demande si cet homme que j’ai connu n’a pas joué avec mes sentiments, ainsi qu’avec les siens pour arriver à détester à ce point mon corps! A-t-il voulu se venger de ma tendre jeunesse insouciante et dorée, dans ces années d’expériences à vouloir tout découvrir, où tout devient un jeu, et où je me suis adonnée à des expériences homosexuelles avec ma meilleure amie Jackie?

Une fois n’est pas coutume dans ma naïveté primaire, je m’aperçois avec un certain recul, que chaque être arrive

avec sa propre histoire, et que chacun de nous autant que nous sommes, nous essayons de nous rendre la vie meilleure, quitte à rentrer dans une autre vie qui ne soit pas la nôtre, et ainsi vivre par procuration. Car comment pourrait-il en être autrement si l’on réfléchit de manière cohérente face à l’attitude de mon mari?

Se cacher sous les masques, pour mieux se persuader que l’on peut visionner son existence derrière un paravent, avec toute la curiosité d’un acteur qui joue le rôle de sa vie. Pour ma part j’estime que ce n’est que foutaise, car il ne s’agit que de minuscules fragments d’existence qui se consument à petit feu, où l’on veut à tout prix éteindre la flamme qui va pouvoir raviver sa propre et grandiose existence.

Je me pose ces derniers temps cette question qui m’obsède: Serait-ce une périodique attente, dont le temps devient une parodique disharmonie des sentiments?

Qui trop embrasse étreint cite le proverbe, alors aimer quelque un très fort, est-ce la punition à consentir que de retomber dans une grande sécheresse affective?

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Devant ces instants nocturnes de solitude, je me dis que la naissance d’un sentiment n’est-ce pas ces regards qui nous taraudent? Devant l’impuissance de ne pas pouvoir les affronter, on se réfugie dans l’étreinte d’un amour qui n’est pas le nôtre, pour de ce fait pouvoir croire qu’une vie de famille va résoudre comme par enchantement tous nos soucis.

J’ai voulu consacrer ma vie au droit international, dans le juste équilibre des plateaux d’une balance intemporelle représentée par la justice, ainsi que mon mari et mon fils Guillaume. Que me reste t’il de ce passé que je croyais si merveilleux et si unique?

Mon fils Guillaume me reproche d’avoir en permanence pourri l’existence de son père, selon ses propres termes!

Que je sache mon mari a choisi sans aucune explication à ses proches de fuir délibérément le domicile conjugal. Il a décidé

en son âme et conscience de vivre intensément un amour masculin d’un homme avec un homme, ou il doit estimer que la trahison peut-être moindre, et que les hommes peuvent certainement mieux se comprendre d’un simple regard dans la bestialité refoulée de leur désir, qui plus est avec mon confident de toujours qui n’est autre que mon meilleur ami du collège, qui m’a fait découvrir la sensation des premiers émois!

Une histoire comme une autre, qui sans rentrer dans un abîme larmoyant, me donne à penser que les êtres aiment bien se raconter des histoires, pour s’évader de leur quotidien ordinaire et poussiéreux, et vouloir de cette manière briller de mille feux, comme un incendie intérieur qui se propage dans la folie de notre conscience pour ainsi découvrir que notre pensée n’est jamais satisfaite de cet idéal complaisant.

Alors dois-je croire que mon mari, ou bien me faire à l’idée qu’il s’est toujours menti à lui-même, et n’a jamais été le pompier volontaire de mon coeur dès le début de notre romance?

– Décembre 2008-

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