La parure luisante de ces feuilles laisse paraître les sensuels reflets d’un jour ensoleillé.
La sauterelle frétille des ailes pour un bond en avant, et de cette manière elle va pouvoir se confondre parmi les éléments qui s’offrent à sa quiétude dans le cercle incessant de la vie qui bouillonne face aux dangers permanents.
La grenouille émet des coassements dans cet étang, où la petite barque silencieuse et passive a replié ses rames, car tout à l’heure les jeunes couples faisaient la queue avec discipline face à l’exploitant, pour un tour à mirer les merveilles de ce charmant étang qui vont faire oublier la semaine harassante et stressante à courir dans le vent vers divers horizons incertains.
 La certitude d’un instant unique se trame dans l’esprit de tous ces jeunes affairés, cet espace protégé leur a fait se remémorer cette similitude avec la rivière apaisante de leur enfance…
 

Derrière les grilles de ce collège, un enfant qui a perdu quelque peu l’esprit tient en point de mire au bout de son pistolet toute sa classe et son professeur.
Il a craqué par le fait d’être devenu la tête de turc de ses camarades. La cause la plus probable doit être que ses parents ont divorcé l’année dernière. On n’a pas compté sur lui pour donner son avis, et surtout exprimer pleinement ses ressentiments!
Qu’en penser de sa mère qui s’est rabibochée avec un gars qui a déjà quatre enfants aussi cons que les manches à balais de ces cantonniers abrutis du cerveau!
Oh oui, il se retrouve au milieu de tout ce chahut, et veut en finir une bonne fois pour toute. Son seul regret et de ne plus pouvoir évoquer toutes ces parties de pêche avec papa,  alors pourquoi gâcher tous ces plaisirs, et pourquoi  le père l’a abandonné de cette manière si lâche pour partir sur un coup de tête avec la jeune stagiaire d’à peine vingt deux ans, un comble!

Mais qu’est-ce qui a bien pu sauver la vie de ce gamin déjà mal engagée? 

 Il est fort possible que la séduisante clairière derrière le collège lui a évoqué les tendres et caressants  souvenirs, quand avec son affectueux papa, tous les deux se promenaient dans une forêt similaire à ce bois calme, pour découvrir les merveilles intactes de la nature, avec les savants conseils de papa. 

Par les voies inexplicables de la raison, une forte émotion l’a submergé, et il a inexplicablement fondu en larmes. Tout à coup il est devenu un pantin désarticulé sans âme, et a déposé son arme factice sur le rebord de la fenêtre pour appliquer ses mains derrière la tête, et de cette manière se rendre à la police sans esquisser le moindre geste.
Quelques secondes plus tard est apparu comme par enchantement le dernier rayon de soleil du jour…
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Les balais d’essuie-glaces n’arrivent plus à endiguer toutes ces trombes d’eau sur cette autoroute devenue glissante.
Il rentre la tête vide au  bercail, après une semaine à vanter les produits de sa firme.
Quelle envie a-t-il de rentrer pour écouter la tempête de jérémiades de sa femme, du style: ‘Dis donc c’est à cette heure-ci que tu rentres?
Toi et tes maudits mensonges, tous les mêmes, il n’y a pas un pour rattraper l’autre! Allez arrête avec tes belles paroles etc… etc… etc…’

 Les lumières réfléchissantes sur le bitume ont une douce apparence avec l’éclat miroitant du cristal, soigneusement travaillé par des mains expertes et délicates pour accomplir un travail d’une authentique qualité.
Il se perd dans la contemplation de ces moments de bonheurs simples, rien qu’à observer cette chaussée détrempée, et face à la solitude et la fatigue, une pensée lui a traversé l’esprit, pourquoi rentrer ce soir? 

L’habitacle de son fidèle compagnon de route, lui apporte ce côté rassurant bien malgré lui, car dans quelques minutes il va devoir affronter les remarques acerbes de sa femme!

 Il avance lentement le long de l’allée de sa vaste demeure, ses deux enfants lui font un signe de bienvenue cajoleur derrière les baies vitrées. Les mauvaises pensées obsédantes vont dans un claquement des doigts s’effacer de sa mémoire, pour laisser place à ce sourire qui ne le quitte plus. Il va entourer de ses bras protecteurs ses petites à la face d’ange, et embrasser avec délicatesse les sensuelles lèvres de sa femme.

Tous ces instants ne peuvent se traduire qu’à travers la plénitude et la magie de l’amour.
Il ferme les yeux pour se remémorer son enfance, et il découvre dans le sentier des émotions ce chêne auquel il avait incisé des initiales en forme de cœur, où avait été transcrit un amour éternel entre lui l’adolescent amoureux en devenir, et celle qui est aujourd’hui sa femme. Alors il reprend ses esprits, sa respiration est lente et contrôlée. 

Il sort de la banquette arrière du véhicule des paquets remplis de présents pour les trois êtres qu’il chérit le plus au monde.
Le chêne à la cicatrice profonde sourit tendrement face à cet émouvant spectacle des âmes humaines…