Il a les épaules larges, le sourire cache une grande timidité, le soleil des divers horizons lui a donné ce teint basané de dur aventurier.
Il possède des yeux d’un vert lagon, une fine bouche presque inexistante. Ses dents sont bien symétriques et d’une couleur si blanche comparable à la banquise pure et étincelante.
Sa haute stature lui permet d’apprécier le monde qui l’entoure avec une certaine distance, et surtout se procurer l’obtention d’une douce tranquillité, pour vaquer à ses occupations favorites que sont l’escalade en haute montagne, et le tir à longue portée.
La société qu’il conçoit dans son esprit est d’une simplicité alarmante, qui est de se dire: Tu restes dans ton coin et tu n’auras pas d’embrouilles!

Dans sa prime jeunesse il était souvent acculé dans un coin, et dans cet état d’abandon il rêvait à observer les oiseaux à la recherche de ces matériaux pour façonner un nid douillet, et plus tard dans cette cour de récréation, il pouvait à loisir deviner la ponte de ses œufs à l’abri des regards indiscrets au milieu de ces branches longilignes et majestueuses qui représentaient la beauté singulière en un simple regard.
A cette époque il n’était pas plus haut que trois pommes, et son corps était rachitique, pour bien comprendre la situation de son état psychologique c’était un garçon renfermé, car il était devenu la personne à éviter, il se sentait au plus profond de son âme délaissée, il était poussé  aux orties de l’oubli par tous ses camarades, et que dire des filles qui ne voulaient pas lui adresser la parole, encore moins avoir pour lui un geste gentil, attentionné.
La gent féminine qu’il vénérait, lui qui a toujours adoré sa maman chérie, il considérait une haute trahison le mépris qui devient l’arme qui ne peut rassurer que les médiocres, et toutes ces gamines qui considéraient qu’il était un moins que rien, un idiot, un ignorant, qui, selon leurs dires il aimait à se complaire dans son monde de solitude. 

Quelques années plus tard avec des boutons d’acné sur le front, son adolescence discrète l’avait métamorphosé en prenant des centimètres à une allure démentielle, et peu à peu il prit conscience de son sculptural corps modelé à la sueur des dures et nombreuses séances de poids et haltères, et autres engins de poussée.
A la même période il va découvrir l’univers très fermé et secret des armes à feu, et se rapprocher par leur passion commune de son lointain oncle Marcel, un armurier, spécialiste et roi incontesté de la carabine 22 long rifle.
Ce Marcel à la suite d’une méchante blessure au front, à sa mobilisation pour tuer le temps, comme d’autres chassent les mouches va se passionner pour l’extase que peut représenter le fait à vouloir caresser fiévreusement une arme.
Au fil du temps cela était devenu un loisir à temps plein, puis un peu plus tard un métier pour cet oncle qui va transmettre son savoir avec patience et calme  à son neveu émerveillé.

 Peut-on attribuer une causalité le fait qu’à l’âge de dix-sept ans ses parents qui rentraient d’une soirée chez des amis, du moins son père fut sauvagement roué de coups par une bande de zonards en perdition, et qu’il dut être hospitalisé pendant un long séjour suite à un éclatement de la rate, des côtes perforées, et la perte de son œil gauche. Quand à sa mère elle assista impuissante à la violence gratuite envers son homme.
Quoi qu’il en soit, neuf mois plus tard il s’enrôlait en jurant toute sa fidélité à la légion étrangère, et ainsi pouvoir réparer certaines injustices dans ce bas monde pour nettoyer la sale vermine à travers le globe!

 Ce matin il a oublié de se lever, son mal au crâne de la veille l’a tenu éveillé une bonne partie de la nuit. Il ressent le long des côtes le frisson glacial, sa bouche pâteuse lui évoque la chambre froide de la culasse mal huilée de son pistolet mitrailleur, qui pourtant, chaque matin avec de tendres gestes répétés minutieusement il prend tant de soins à bichonner!
Des bribes de souvenirs évasifs lui reviennent en mémoire, quand à cette sortie arrosée pour fêter dignement la promotion de son camarade de chambrée, Frantz un allemand fort comme un turc, avec une tête plus grosse qu’un brave taureau d’Andalousie.
Une chose est sûre c’est qu’il se rappelle des deux jeunes filles accoudées au comptoir, une petite brune aux yeux marrons, et une blonde élancée et fragile comme une libellule avec des jolies jambes interminables.
Oh oui des douces beautés à la conversation facile et aisée, et des regards perçants à vouloir se confesser, mais aussi en contrepartie très ouvertes aux plaisirs d’un soir.
Ils avaient poursuivis la conversation avec les deux jeunes filles en dehors du bar, où ces dernières sensuelles comme jamais avaient flirtées avec tact et expérience.

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Quel coup de folie lui a subitement pris à vouloir violer cette créature élancée et joyeuse, qui pourtant offrait son corps comme une chatte qui minaude au clair de lune, et qui laisse paraître la douce complainte d’un élan amoureux?
Pourtant cela ne correspond pas à ses propres principes, car la légion par sa symbolique de droiture et de respect envers le dévouement à ce corps d’armée, qui offre aussi une carrière de vie saine et équilibrée.
Alors pourquoi ressentir toutes ces sensations de la chair, tout cet étalage de perversité à se laisser embrigader par des superbes filles assoiffées de sexe et d’argent facile? 

Quoi qu’il en soit au petit matin, l’on retrouvera les deux corps des jeunes filles gisant sans un souffle de vie près de ce fossé, où plus d’un noceur s’est arrêté pour satisfaire des besoins pressants en contre bas de la voie de chemin de fer. Quand à Frantz l’allemand, sa promotion d’un soir bien arrosée ne lui aura pas bien réussie, il sera retrouvé mort près des deux jeunes filles avec une balle logée dans le cœur. 

Quelles sont alors ses troublantes inquiétudes, alors que Frantz l’allemand a été accusé du double homicide, et pour ne pas déshonorer la légion, il s’est retourné l’arme dans le cœur? 

Les vapeurs d’alcool commencent à s’émanciper. Son état major vient de lui annoncer qu’il va partir dès demain matin pour une nouvelle mission, cette fois-ci en centrafrique. Un nouveau combat mental à poursuivre pour mieux  contrôler ses pulsions sexuelles, mais tout compte fait, il est des hommes qui ont au fond de leur âme un sang froid exemplaire, qui maîtrisent à merveille les pulsions de vie, pour mener à bien des missions, et renverser sans coup férir des gouvernements en place, avec netteté et clarté.
Il fait partie de cette élite qui exécute les ordres venus d’en haut. Il reste toujours dans l’ombre sans jamais dire un mot, et tous ses sacrifices méritent le respect à vouloir se jeter corps et âme face au danger imminent pour sauver les intérêts d’une puissance.

 Alors une escapade de plus, quand on sait ce que les pulsions de la chair sont si difficilement contrôlables face aux corruptrices en tout genre!
Il faut raisonnablement fermer les yeux, et savoir avec une grande discrétion retourner l’ascenseur envers ses braves et fiers soldats,qui bourlinguent à travers les continents pour défendre des causes justes. 

Comme dit la devise du légionnaire:
Légio Patria Nostra…