Parce que nous sommes cette rivière qui se jette dans le bras de cette mère apaisante, mais parfois tourmentée par le flux et reflux d’une comparse de vie tumultueuse.

Je vais écrire ces lignes avec le recul nécessaire d’une trentaine d’années. Certainement pour mieux comprendre la vie de mon homme et de mes enfants, je vais tenter d’imprégner une écriture automatique, pour laisser place à toute cette naïveté qui caractérise notre soif de mieux comprendre le quotidien qui vient de naître, et ainsi exprimer notre ignorance encore plus significative.

Je ne peux pas débiter des discours et autres rhétoriques. Si, en fin de compte, après une courte réflexion, certainement j’ai dû hériter à ma naissance d’une paire de yeux verts, c’est-à-dire pour apporter de l’eau à mon moulin, un diamant expressif et précieux monté par un orfèvre connu pour ses doigts de fée, ainsi que ses talents reconnus dans la grande place aux diamantaires! Eh oui, que voulez-vous, la gent- masculine obsédée depuis des millénaires, ou bien, comment dirais-je frappée d’une grande cécité, qu’elle ne perçoit que la face colorée d’une jeune- fille, par l’attrait que peut constituer le regard démonstratif d’une clarté souriante, le masque d’un sourire coquin et aguicheur, pour en vouloir encore plus dans le jeu de la séduction.

 

Mes yeux ont cette limpidité comparable à un torrent. Ma grande gueule est souvent la cause de mon mal-être, vis-à-vis des injustices qui sévissent en toute impunité en ce bas monde, qui me font sortir de mes gonds.

Je dois admettre qu’il m’arrive parfois, sans que je m’en aperçoive d’être de mauvaise foi. Tout ce mélange de sentiments et ressentiments font que je suis cette rivière tumultueuse de pulsions controversées!

 

En tout état de cause , je revendique mes droits (un impitoyable combat, car on est vite taxée de rentrer dans des polémiques de bas-fond!) et l’expression est omniprésente pour faire apparaître ma propre personnalité, de la même manière que je ne veux pas devenir ce fantôme trop vite évaporé dans les limbes de l’oubli. Non, pas de théorie pour ma gouverne! Je suis cette machine lancée à toute vapeur sur les rails de la femme accomplie!

Ma devise est la suivante: qui m’aime doit me suivre jusqu’à l’épanouissement absolu!

 

Le malheur, ce n’est pas de le vivre, mais de le comprendre sous diverses facettes, alors comprendra bien qui voudra comprendre, avec ou sans moi. En l’occurrence, moi je palpe et j’analyse avec les moyens du bord. Tout simplement je vis les choses sans aucun à priori, sans aucune demi-mesure du qu’en dira- t’on. Parfois je me dis que l’existence est comparable à la sortie en mer de ce plaisancier. Ce dernier consacre une partie de son temps à hisser les voiles au gré du vent détenteur d’une force incommensurable, et inexplicablement par les caprices d’une sensible faiblesse du dieu Eole, ce plaisancier à l’enthousiasme prononcé devra rentrer au port aux forceps. Donc, en somme, il aura fait briller son bateau de mille feux pour un petit tour en cet après- midi, juste le fait d’épater ses amis a parcourir quelques nœuds marins, et se faire décoiffer la crinière généreuse par cette brise légère, (un nouveau « style » est né avec une prononciation américaine, PLEASE). La malice caractéristique de ce vent, une fois de plus aura décidé du sort de ces êtres aux goûts d’aventures.

En résumé, je me suis aperçue que l’existence joue au chat et à la souris, elle se cache vicieusement pour un peu mieux  nous narguer, dans une envoûtante et interminable danse. L’océan représentatif du regard que je porte sur ce monde sont ces vagues qui jouent, elles aussi, à cache- cache avec la beauté du large, pour venir apporter dans un dernier élan poussif, un nouveau semblant de vérité.   

Eh oui! Je ne n’ai jamais ressentie la moindre appréhension envers les hommes. Je les ai toujours considérés comme des substituts à nos plus chers désirs. Il suffit de les flatter, du moins disons, de les caresser dans le sens du poil pour obtenir tout ce que l’on désire de leur misérable condition humaine. Sûrement, la flatterie leur rappelle ces instants où ils oubliaient le trou de mémoire au tableau noir, et qu’ils obtenaient un bon point se traduisant au bout de trois récoltés, par une image de leur chère maîtresse, (déjà une supériorité féminine pour pouvoir dompter leur précoce virilité) suite à une bonne réponse et à maintes et maintes répétitions d’encouragements.

 

Quelques jours après ma majorité, en compagnie de ma copine du moment, on s’était embarqué dans de folles virées en deux- chevaux. Cette fameuse deux- chevaux était équipé à son bord d’un volant de Renault Alpine homologué, et également d’un klaxon multi sonore de DS ministérielle. 

Les roues étaient quant à elles montées sur un pont de quatre roues motrices. Elles avaient été récupérées sur une Jeep increvable qui avait vainement participer à la campagne d’Algérie. Pour tenter d’apporter un côté festif, la deu-deuche était peinte aux couleurs de l’espoir d’un nouveau monde à l’amour libre: peace  and love avec en son centre une représentative fleur de pavot, un peu dans le genre, cool boys and girls, la vie est douce, très douce, le ciel est bleu.

Je suis allongée sur l’herbe à contempler l’approche du bourdon qui vient rendre visite à dame l’abeille mielleuse!

Pour subventionner toutes ces escapades estivales, les petits boulots étaient les bienvenus. (On ne peut pas vivre infiniment d’amour et d’eau fraîche!)

Parfois les réalités sont dures , surtout quand il faut se lever aux aurores, à débarquer les cagettes et caisses de fruits et légumes. Pour le déroulement de la journée il fallait effectuer comme tâches:donner envie par un speech bien élaboré, pour s’éclaircir la voix de bon matin, et faire ressortir les goûts, par une mise en place stratégique sur le stand, pour mettre en bouche les clients matinaux. De cette manière, une fois l’effet boule de neige réussi, toujours avoir à l’esprit comme mot d’ordre: vendre un maximum pour éviter trop de pertes. Par la suite, à la fin des comptes de ce fait pouvoir encaisser d’importantes primes et pourboires, dans ces marchés de Provence aux odeurs venues d’ailleurs.

 

   Par petites saccades, la deu-deuche montra ses signes de faiblesses. Elle tira un jour la langue à l’image d’un taureau qui refuse le combat. Le diagnostic fut vite alarmant, pour établir un constat clinique, il s’avéra que le cœur était malade, malgré une excellente carrosserie. Le moteur archi-cramé, et pour couronner le tout, sur le bloc moteur apparut comme par magie un trou béant qui pissait l’huile à n’en plus finir. Donc il fallait qu’on s’arrête régulièrement, pour acheter une quantité effarante de bidons d’huile, pour enfin terminer par de l’huile douce et raffinée d’assaisonnements, mais rien n’y fit. Madame deu-deuche fut vendue après quelques larmes à un ferrailleur du coin pour une bouchée de pain.

Ce bonhomme, un gros malabar barbu à l’odeur pestilentielle de pisse de chat, aux cheveux couleur corbeau emmêlés de graisse, aux auréoles de sueur sur son tee-shirt, des tâches de cambouis et de sperme séchées sur son pantalon de mécano aux bretelles déchirées. Il avait passait son temps à nous reluquer de haut en bas en se grattant la barbe, également en se caressant les parties intimes.

Après avoir récolté notre pognon, et adressé un dernier regard attendrissant à madame deu-deuche, nous l’avions traité de tous les noms d’oiseaux, en lui crachant à la figure notre élan féministe de dures à cuire!

Tout à coup, le visage défait, il devint en une fraction de secondes, comme un enfant pris en faute, un clown triste qui n’a plus le cœur à rire!

Nous le toisâmes pour qu’il devienne cet être minuscule à nos yeux.

 

Nous repartîmes à nouveau en faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le pouce levé en l’air à s’exercer à l’auto-stop, en mettant en avant nos formes sensuelles et généreuses. Quand je vous dis que c’est imparable! A l’œil sans débourser la moindre lire, au bout de la route apparue la cité romaine. Ah, vive l’amour intense avec ces italiens ténébreux, aux regards de braise, et que dire de leurs corps musclés, comme les gladiateurs prêts à affronter les lions dans l’arène surchauffée!

Oh! Que dire de Luca avec ses cheveux ondulés comme un prince andalou, et son corps de dieu athénien?

Ses yeux si magnifiques à l’image de la huitième merveille du monde, où l’on peut défaillir dans les secondes qui suivent sa rencontre, pour s’y plonger tête la première, dans les jardins de Babylone de son regard paradisiaque. Oh! Luca et son débit de paroles. A lui tout seul, il pouvait retenir toute une assemblée conquise par son élocution dans un amphi.

Une prestance, une attitude, une présence, une tenue de sport royal à y larguer les amarres, et partager son île secrète. Une expérience sur la connaissance primitive des femmes, qui n’est plus à prouver, sur tous ces détails de ce qui est une approche sécurisante et câline.

Oh! Luca, cette facilité d’apprivoiser avec délicatesse et extase le corps rempli de désirs interdits d’une lady.

 

Dans cette jeunesse que l’on pense à jamais éternelle, et qui, au fond, avec l’objectivité du recul du temps présent, elle nous apporte la raison d’une certaine infortune du cœur. Les bras protecteurs de cet homme marié m’apportait au milieu de mon indicible désarroi, à rechercher cette soif jamais étanchée de liberté singulière et d ’affections, le manque évident de tendresse de ce père trop souvent absent, la chaleur par contre de cet amant épisodique, au partage sans retenue de soirées enfiévrées. Il partageait son temps entre sa madone au regard de vierge, et moi, cette française libertine dans l’ouragan de ma jeunesse.

Je représentais pour Luca, ce pays aux excellents vins à l’ivresse voluptueuse prononcée, également le succulent manger, aux mets délicieux de la chair fraîche, si désirable comme ce fruit qui arrive à maturité!

Une future évasion était permise vers des rêves d’une possible vie de famille dans un prochain avenir, quand Luca me montrait avec tant d’amour les photos de ses deux enfants Enzo et Monica. Il est vrai d’affirmer que malgré mon jeune âge de l’époque, une certaine conception mentale d’un bonheur de fonder une famille avait germé dans mon esprit, l’exemple dans sa perfection d’une idyllique représentation masculine, d’un père choyant ses enfants. (Dans ma naïveté bien prude et candide!)

 

Je voulais peut-être moi-même, me prouver que je pouvais y croire un peu plus aux hommes!

(Surtout de commencer à lâcher l’étreinte, et leur faire un tantinet confiance!) Mais il faut, à un moment donné arrêter de se la raconter, quand, allongé sur le côté du lit, ce mâle viril qui savait si tendrement assouvir mes désirs et mes attentes du moment en deux temps trois mouvements, il devenait tout à coup à mes yeux, ce mari volage et infidèle, qui, en toute impunité trompait sa femme. Mon penchant féministe reprenait le dessus: les hommes tous les mêmes, ils ne réfléchissent qu’en dessous de la ceinture!

 

Il est des raisons que nous les petites filles, nous rêvons d’un prince charmant; Nous bâtissons dans notre mémoire (très peu sélective durant cette période) l’arrivée en grandes pompes, de ce prince sur ce magnifique cheval blanc. Il nous conduit à son château dans un carrosse pour la cérémonie nuptiale, où les trompettes sont de sortie. La foule va nous acclamer, tout un peuple qui a dressé le tapis rouge est à nos pieds et à nos petits soins. Quelle surprise quand on découvre le pot aux roses, comme quoi la princesse est très souvent seule derrière une porte close. Elle passe son temps à pleurer à chaudes larmes de crocodile, pendant que son prince bien aimé, qui à ses débuts avait le sourire aux dents blanches, devient le fantôme du château par son absence!

Son faciès devient une porte froide et sordide de cachot où les rats pullulent! Malgré tout, rien ni personne ne m’a empêchée de me marier. Il faut admettre qu’une vie sans enfants est rendue à sa plus simple expression. Nous existons avant tout pour ce que l’on va devenir, mais aussi pour ce que l’on va transmettre.

 

Une raison passive m’a incitée à écrire suer la vie de couple au vingt- et- unième siècle. Petit détail à ne pas négliger, en observant Audrey et Marc- Antoine, les  jeunes de nos jours ne supportent plus du tout la moindre contrariété. Comme me répète avec régularité Marc- Antoine:

– Eh, la mère, tu me prends la tête, veux-tu?

Laisse- moi vivre dans l’insouciance de mon âge!

 

Mais comment peut réagir la mère que je suis, à se soucier du moindre bobo de ses enfants? Parfois, il se montre si cruel avec des mots blessants, mais je me dis à ce moment-là, qu’il est pleine souffrance. Marc- Antoine a des périodes où il se montre si tendre, si câlin et si adorable que mon cœur chavire de bonheur!

Cette majestueuse et difficile relation à deux, où chaque être se rencontre pour tenter d’écrire une passion en commun. Quelque- fois la magie de l’amour fait cruellement défaut, et il faut improviser, voire composer avec le partenaire de jeu.

Ainsi une relation peut également devenir un numéro de haute voltige! Je me suis posée ces questions d’entrée de jeu pour assurer l’ambiance!     

L’homme cet être primitif, conçu pour survivre avec cette âme belliqueuse, peut-il baisser les armes pour conquérir le cœur d’une femme et partager le quotidien, à l’horizon d’un jour nouveau?

 Qu’est-ce qu’un homme? Sinon un enfant qui n’a jamais su quitter la main ferme et autoritaire de sa mère!

 Mais aussi, un homme peut-être le magicien des mots.

 Chaque soir, aux premières lumières de la ville, il vient s’asseoir pour respirer délicatement cette fragrance de femme. Sur ce banc qui a marqué toute une époque de destins, il ferme les yeux pour vivre avec plus d’intensité ces moments de douce volupté.

Oh non, surtout ne pas la rencontrer, ne pas la brusquer. Tel un papillon prêt à effectuer un envol léger et gracieux, et l’apercevoir seulement dans la demi- obscurité pour mieux s’éprendre d’elle, ne serait-ce que de furtifs instants. Enfin prendre le temps nécessaire pour pouvoir découvrir sa pureté, sa beauté si parfaite dans ses nobles songes. Oh oui, qu’une tendre imagination laisse deviner le balancement de ses hanches, la révérence de son sourire rayonnant et si plein de vie! Que dire de ses magnifiques yeux à l’éclat transparent? Tous ses mouvements qui réveillent un plaisir libertin d’un je ne sais quoi de romanesque. Surtout rêver de cette jeune femme qui possède une vertu exemplaire. Elle va s ’endormir et plonger dans un sommeil vaporeux à l’attente capricieuse d’une rosée matinale, qui va lui permettre d’ouvrir ses yeux en forme de pétales encore fragiles.

Dans cet état de nonchalance, on va découvrir l’instabilité d’une respiration  entrecoupée par son souffle chaud, au soupir néanmoins apaisant, où ce dernier embrasse par son unique plainte, le carillon d’un temps court et bienheureux!

 

Au fil du temps, à la suite d’observations minutieuses dans diverses phases de ma vie, j’en suis venue à ironiser sur le comportement de deux êtres, qui partagent dans leur quotidien des bouts de chiffons. Leur souci majeur est que chaque jour, ils tentent de raccommoder les bouts épars de leur propre peur de la solitude!